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Actu | Culture | Politique | Série | 08.04.2016 - 02 h 26 | 0 COMMENTAIRES
« Sam » : Comment TF1 transforme une anarchiste en Joséphine (Ange Gardien) ?

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La nouvelle série de TF1, est une adaptation d’une série télévisée danoise : « Rita ». Mais le passage d’un pays à l’autre n’est pas sans conséquence. La série subversive et attrayante est, en chemin, devenue puérile, ennuyeuse et infantile. Il convient de revenir sur cet échec cuisant de la part de la première chaîne nationale française.

Rita (2012) VS Sam (2016) : Comment faire une série de droite ?
Si vous avez Netflix, peut-être connaissez-vous la série «  Rita « , l’histoire d’une professeur de danois, véritablement anarchiste qui jongle entre l’administration, ses élèves et ses principes au long de trois très bonnes saisons ? Interprétée par Carsten Bjørnlund, le personnage de Rita est dans cette série, l’incarnation même de l’anarchiste, dans sa vie de tous les jours (Je le sais, je le suis). Résolument anti-système, Rita manipule ou combat souvent sa hiérarchie bureaucratique. Mais cela, ne fait pas du personnage, un monument de subversion, tout juste une rebelle. La vraie force de Rita, c’est que, à l’instar des personnages comme Veronica Mars, Daria, ou Rush dans « True Detective » (Saison 1), elle possède des principes rigides dont elle est incapable de ce défaire, même pour son propre bien. Comme ces trois personnages, elle est sèche, directe voir blessante, mais particulièrement honnête et d’une dangereuse lucidité sur le monde.
En France, la série fut adaptée sous le titre de « Sam » pour la chaîne TF1, en 2016, avec en rôle titre, Mathilde Seigner. Après la diffusion des deux premiers épisodes, on peut dire que la série a grandement perdu en subversion entre la Danemark et la France.

Rita et l’équipe éducative du collège.

« Sam » nous présente les mêmes scènes de transgressions que « Rita » mais le personnage est devenu sirupeux, classique, ennuyeux. Elle fume à l’école, elle couche avec son supérieur , elle boit, comme dans la série d’origine, elle est libre. Mais durant deux épisodes de 42 minutes, il n’est jamais dit que c’est une anarchiste ou quels sont ses principes, car en réalité, dans cette version elle n’en n’a pas vraiment. En fait, les personnes en charge de l’adaptation de « Rita » n’ont pas compris la série qu’ils adaptaient. Car l’honnêteté et la lucidité violente de « Rita » était le principal moteur de la première série. Or, dans la version française, « Sam » n’a pas de principe. Elle est, par exemple, très directe avec ses enfants mais pas avec ses élèves, elle devrait l’être avec les deux comme dans la version d’origine.
Un autre exemple frappant est la comparaison entre les deux premiers épisodes : L’épisode 1 de « Rita » traite d’une élève qu’elle trouve « chiante » car trop scolaire et sans imagination ainsi que la mère de celle-ci, une névrosée qui harcèle les professeurs. Dans la version française, le problème des parents d’élèves n’est pas traiter. On traite d’une élève amoureuse de son professeur et de parents d’élèves homophobes. Que le problème existe, c’est un fait, mais il pouvait être traité avec le fils cadet de Sam, lui-même homosexuel, pourquoi faire disparaître la question de la présence parfois envahissante des parents dans l’éducation scolaire des enfants ?
Dans « Rita », comme dans « Sam » les parents passent pour des idiots ou des ordures. Mais dans le premier cas, c’est pour un comportement ordinaire chez les parents d’élèves, alors que dans le second cas, c’est un comportement beaucoup plus rare. Et si vous en doutez, posez la question aux enseignants…
Alors que « Rita » ressemble à la version pour adulte de Daria ou Veronica Mars, « Sam » ressemble d’avantage à la série française l’Instit ou à Joséphine, Ange Gardien. Les personnages ne sont ici, que des avatars du bon et du bien totalement désincarnés contre « les grands méchants pas si méchants » d’en face. Ils n’ont pas d’idéaux politiques ou philosophiques, pas d’objectifs, pas de caractères, ils sont juste gentils. Sam ce n’est rien de plus que ça, les clopes en plus.

Mathilde Seigner incarne un rôle qui n’en n’est pas un malgré ses efforts.

TF1 : La ménagère parfaite est une idiote ?
Pourquoi la série « Sam » est-elle devenue cette pâle copie de l’originale au lieu de s’adapter simplement au contexte français de l’école ? La question mérite d’être posée, d’autant que les personnes qui ne possèdent pas Netflix ne découvriront sûrement jamais la version originale.
La première raison est citée plus haut dans l’article, les personnes qui ont réalisé la transition entre « Rita » et « Sam » n’ont pas compris la série d’origine. Une chose assez gravissime si l’on considère que c’est leur métier. Il y a deux possibilités concernant ce ratage : c’est une erreur ou un manque de culture. Dans le premier cas, la série pourra être sauver dans les prochaines saisons, dans le second cas, il est inutile de diffuser un épisode de plus.
La deuxième raison est évidente pour les annonceurs comme pour les sérivores, c’est la ménagère, si cher à TF1. La ménagère est la « Famme » avec un grand F, selon les publicitaires, avec tous les clichés stupides que cela véhicule. Ce qui dérange le plus la chaîne d’ailleurs, ce n’est pas que Sam fume, mais son idéologie, car les scènes de clope en intérieur sont restées, pas les scènes explicatives ou démonstratives de son système de pensée. Il est, visiblement, hors de question de montrer une autre manière de voir le monde chez TF1. Cela pourrait déranger la ménagère, et donc les annonceurs. Surtout que dans la version originale « Rita » est très critique avec l’ensemble des institutions de manière plus ou moins visible, hors TF1, est une institution. C’est d’ailleurs pour cela que certains dialogues de Doctor House en version française sont modifiés. (Exemple : Drugs devient « drogue » et non « médicament », alors qu’on apprends en classe de quatrième que c’est un « faux-ami »)
Un dernier point d’échec est le jeu des adolescents « made in » télévision française. De la lamentable série SODA aux adolescents stupides de « Plus Belle La Vie » ou « Clem », on dirait uniquement des gamins capricieux, idiots, et stupides. Une vision bien loin des études sociologiques réalisées ces dernières années, et des mouvements de jeunes qui s’agitent à l’heure où j’écris ces lignes. Les enfants de  Sam, notamment, sont joués d’une manière médiocre et peu naturel. Heureusement que Mathilde Seigner et quelques autres, relèvent le niveau avec les rôles d’adultes.

En conclusion : « Sam », c’est un monument de médiocrité.
Je ne doute pas que Mathilde Seigner que j’aime plutôt bien, voulait un rôle classe et vraiment profond dans cette série, d’ailleurs son jeu d’acteur fait écho à la série d’origine. Malheureusement pour elle, la production a visiblement décidé de faire de la série un copicat de « Joséphine, Ange Gardien » avec des clopes et de la bière. Sam est une série médiocre de bout en bout car elle ne comprends pas son personnage principal et qui ne mérite même pas un coup d’œil. Foncez plutôt sur Netflix, voir la version originale qu’est « Rita », elle est également disponible en VF.
Décidément TF1, la fameuse première chaîne nationale française ne sera sûrement jamais capable de faire une série de qualité. A rechercher le consensus, la chaîne ne diffuse plus, actuellement que des séries comme Grey’s Anatomy ou Les Experts. On est bien loin des vrais succès qui sont souvent les mêmes que pour les critiques de séries : True Detective, Game Of Thrones, Sense8, Black Mirror. Mais peut-être le modèle de la chaîne de télévision est-il contraint au consensus pour ne pas mourir devant la fluidité et l’accessibilité des séries sur le net ? Ou peut-être les chaînes françaises sont-elles incapables de faire preuve d’imagination et d’audace ? Les questions sont ouvertes.

Actu | Associatif | Politique | 28.02.2016 - 15 h 29 | 4 COMMENTAIRES
#Onvautmieuxqueça : Combattre la Loi El Khomri ne suffira pas.

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Le mouvement qui s’amorce depuis plusieurs jours avec les vidéastes, les témoignages, les articles de #onvautmieuxqueca est salutaire. Le recul de la Loi El Khomri pourrait réussir, mais cela ne sera, je le crains, pas suffisant, la précarité et les souffrances resteront malgré tout.

El Khomri : La pointe avancée d’un mouvement initié de longue date.
Cet avant projet de loi est un scandale, aujourd’hui, la plupart des gens s’accordent sur le sujet. Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’une loi ou qu’un accord détruit la force, la sécurité, ou la motivation des salariés, des cadres et des chômeurs et ce n’est pas la dernière. Le CICE, la loi Macron, et maintenant la loi El Khomri, un triumvirat de mesures factuellement inefficaces qui détruisent des vies tous les jours. (Voir graphique)

Taux de chômage au sens du BIT.

En dehors de la question de l’atteinte aux droits acquis du travail, nous pourrions poser la question du coût écologique d’une telle mesure ? Si cette mesure est efficace, les entreprises emploieront plus, et produiront plus, et fatalement pollueront plus. Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de produire plus, mais moins et mieux, c’est une évidence. Dans le secteur laitier, le secteur bio est celui qui s’en sort le mieux, par exemple.
Aujourd’hui, même avec les 35 heures, nous avons des chiffres du chômage hallucinants. Il y a une raison systémique à cela. La technologie se développe et supprime des métiers. Aujourd’hui, il existe des robots serveurs au Chine. Nous avons besoin de moins de personnes pour la même productivité qu’auparavant. Nous pourrions réduire le chômage est faire de tout ce monde autant d’actifs employés mais notre système qui considère le chômage comme « une armée de réserve » et le coût écologique et économique de la surproduction ainsi engendrée serait dangereux. Nous détruisons la planète et l’économie mondiale de manière assez régulière, inutile d’en faire plus.
Que faire alors pour régler le problème du chômage ? C’est simple, il faut réduire le temps de travail, ce que vient de faire la Suède avec la journée de 6 heures. C’est également l’opinion de Gérard Filoche, Olivier Berruyer, David Cormand et quelques autres figures de la gauche.
De tout façon, pour avoir fait une petit enquête sur les PME de mon village. Les artisans et commerçants, qui sont le tissu économique fondamental de la France, trouvent cette réforme inutile. La plupart reproche plutôt la très mauvaise gestion du RSI, ainsi que la surcharge de taxe, dû notamment à l’évasion fiscale des grandes entreprises (souvent proches du MEDEF). Est-il normale qu’une coiffeuse de village paye 38% d’impôts quand SFR ne paye que 6% ?

Communication et Pédagogie : Les citoyens ont changés.
Il est assez intéressant d’observer les réactions des élus et des gouvernants qui défendent la loi. En premier lieu, la réaction du gouvernement avec la création du compte twitter @loitravail et la colère qu’il engendra. Le premier message fut d’une condescendance crasse à l’égare des citoyens en sous-entendant que ceux-ci ne comprenaient pas le texte. Méthode paternaliste et « pédagogie »(entendre ici, « propagande ») douteuse, qui considère les citoyens comme une bande d’abrutis congénitaux, alors même que la ministre qui propose la loi ignorée combien de fois un CDD était renouvelable.

Dans une mini-conférence, Usul, l’un des initiateurs du mouvement #Onvautmieuxqueca, disaient : « On ne gouverne pas de la même manière des citoyens, et des experts-citoyens. » Une phrase qui doit être expliquée. Aujourd’hui avec Internet, tout le monde peut lire et comprendre cette loi. Les citoyens peuvent avoir accès à tous les renseignements qu’ils souhaitent et même voir quelles figures publiques soutiennent une mesure ou une autre. Le discours de Myriam El Khomri, et le même que pour le référendum de 2005 : « Les citoyens ne comprennent pas. » Il est vrai qu’avec 30 000 lobbyistes à Bruxelles, la démocratie européenne vit de beaux jours.

Manifestement, le système de fonctionnement de notre « démocratie » ou « semi-démocratie » n’est plus assez démocratique pour nous. Les élus nous considèrent comme des idiots alors que nous sommes théoriquement leurs maîtres, ils tirent leurs légitimité de nos votes. Par conséquent, ils doivent nous rendre des comptes. Par exemple, savez-vous que la réserve parlementaire qui est attribuée aux députés n’est l’émanation d’aucun texte de loi ? Nos élus touchent aujourd’hui de l’argent de manière alégale et ils ne se justifient jamais.
Les projets de transformation du système démocratique français doivent être étudié avec sérieux. Le tirage au sort, le référendum révocatoire, le référendum d’initiative populaire, ou les systèmes plus complets comme la démocratie liquide doivent faire l’objet d’analyses sérieuses pour réformer un système qui n’est plus démocratique. Il en va de même pour les réformes du monde du travail comme par exemple la question du revenu du base ou du salaire à vie. Si nous devenons des experts citoyens, autant mettre notre expérience et nos savoirs au service des nôtres.

Lobbying et Copinage : Pourquoi les politiques n’arrêteront pas ?
Si vous croyez que stopper cette loi sera suffisant, je suis désolé, mais c’est une erreur. Si nous ne disons pas « stop ! » et que nous ne nous mettons pas en marche, ils continueront. Il y a quelques années nous avions réussi à anéantir le projet de loi ACTA, aujourd’hui, des parties de l’accord TAFTA, bientôt signé en reprends des articles. Rappelons-nous du referendum de 2005, où nous disions « Non ». Deux ans après, l’UMP et le PS votaient ensembles pour le traité de Lisbonne, une copie carbone du projet de 2005 à trois virgules près. Nous pouvons les faire reculer sur la loi El Khomri, j’en suis certain, mais ils reviendront à la charge, encore et encore, jusqu’à ce que nous nous mettions véritablement en colère.
Il est facile de comprendre une telle logique chez nos dirigeants. Ils viennent tous du même milieu, des mêmes écoles. Certains comme Marc-Antoine Jamet (PS) sont mêmes employés comme cadres dirigeants ou consultant dans de grandes entreprises comme LVMH. Je me demande combien coût un vote sur une loi comme celle dont nous parlons ? Les parlementaires ne sont pas représentatifs idéologiquement car le scrutin n’est plus proportionnel, et ils ne sont pas représentatifs sociologiquement non plus.
S’ajoute à tout cela, les affaires financières ou juridiques jugées ou en attente de Balkany, Cahuzac, Sarkozy, Guéant, Le Pen, Dati, Lagarde, Tapie, Juppé, Thévenoud, etc… En dehors de cela nous avons bien entendu les très discrets lobbyistes avec qui nos politiques mangent sans problèmes comme le démontre régulièrement l’émission « Cash Investigation » d’Élise Lucet. Et puis, si jamais tout cela ne suffit pas, nous avons les fameux « Diners du Siècle » où journalistes, industriels, financiers et politiques se rencontrent dans une ambiance chamarrée et conviviale (mais étrangement les caméras sont interdites…)
Tous ensemble, ils sont convaincus d’avoir raison, mais c’est factuellement faux. Le seule moment, ces 20 dernières années, où nous avons eut une baisse significative du chômage, c’était lors de la création des 35 heures, et ils veulent supprimer la mesure en question. La politique autoritaire et restrictive que nous avons en place depuis 2008 suite à la mutation de la crise des subprimes en crise de la dette publique à fait exploser le nombres de suicide en Grèce. Les contaminations par le VIH ont augmenté de 57% dans ce pays. Qu’arrivera t-il quand ce sera notre tour ? (En fait, c’est déjà le cas, cette année le taux de mortalité en France est en hausse, chose très rare.)
Nous prétendons vivre en « démocratie ». Dans ce cas, en dernier lieu, c’est toujours nous qui avons le dernier mot, pas les politiciens. Il faut reprendre le pouvoir et dire que non, ils ne sont pas compétents. Non, ils ne sont pas représentatifs. Non, il ne sont pas respectueux de la démocratie. On parle toujours de responsabiliser les individus, et bien qu’on me responsabilise. Je suis citoyen en « démocratie », je veux que les décisions qui sont prises par les citoyens soient appliquées et si c’est un erreur tant pis, je serais co-responsable avec tous les autres. Mais je veux pouvoir choisir. Je vaux mieux que ça, on vaut mieux que ça.

Quelques liens :

Pour témoigner de votre souffrance au travail, c’est sur Twitter avec le hashtag #onvautmieuxqueca.
Pour connaître les horaires et organisations des manifestations du 9 Mars, c’est ici.
Pour signer la pétition contre la loi travail, c’est là.

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