La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

Angry-Gaymer
Le Blog des Gais, Gaymers, et des Gamers de gauche
Actu | Culture | Politique | 27.08.2016 - 10 h 56 | 6 COMMENTAIRES
Caroline Fourest, le Burkini, et l’Afro-féminisme…

Étiquettes : , , , , , , , , , ,

Alors que le Conseil d’État vient de mettre fin aux arrêtés contre le burkini, je constate, sur Twitter, comme dans les journaux, que la polémique de l’été, aura été la cause d’un nombre hallucinant de dérives racistes et de déclarations honteuses. Peut-être, est-il temps d’émettre une analyse constructive et sérieuse plutôt que de terminer un article en appelant à opter pour le nudisme

Au début de la polémique, je n’avais pas d’avis sur le burkini, et, comme beaucoup de gens, je n’avais rien à faire de trois femmes sur une plage de Corse. Mais les médias, et les hommes politiques de droite, dont certains membres du PS, ont fait de cette question mineure le débat majoritaire de l’été et de la rentrée. Ainsi la promulgation de la loi Travail, où le refus par l’Assemblée Nationale de voter un amendement contre le harcèlement sexuel ne feront pas les gros titres. Voici, donc la saga de l’été, par TF1, Sarkozy, Valls et Philippot : le burkini.

Les Politiques et « Les Penseurs » : Du Harcèlement au Burkini
« Les électeurs ont la mémoire courte » titrait en 2012, Gil Delonnoi, dans le Nouvel Observateur. Il avait raison, mais ce n’est pas le cas de Twitter ainsi que de Facebook. Le 23 Juin, quelques semaines après l’Affaire Baupin, un amendement proposait que « les personnes condamnés pour harcèlement ou viol soient inéligibles ». Avec 15 votants sur 577, dont 9 étaient « contre », notamment chez les socialistes, l’amendement fut rejeté. En considérant que 94% à 96% des victimes de harcèlement sont des femmes, on peut dire que les personnalités politiques de notre pays se moquent éperdument de la condition des femmes. Rappelons qu’en 2015, au parlement européen, une loi sur l’égalité hommes-femmes, avait été bloquée par les conservateurs de l’UMP comme du FN.


Alors, quand Nicolas Sarkozy, Christian Jacob, Manuel Valls, Marine Le Pen ou encore Florian Philippot viennent prétendre défendre le droit des femmes devant les citoyens, il conviendrait de réinscrire cet argument dans son contexte. Les droits des femmes n’est clairement pas le sujet. En témoigne, leur comportement vis-à-vis des combats féministes actuels. Citons, par exemple, le harcèlement de rue, dont ni le PS, ni l’UMP, et encore moins le FN, ne semble comprendre les enjeux, et dont aucun ne semble vouloir s’emparer alors que le sujet faisait les gros titres en Juillet au Royaume-Uni.
Le bilan des différents partis politiques français, qu’ils soient au pouvoir, ou dans l’opposition, n’est pas très glorieux, en matière de féminisme. Mais de fait, en France, cela semble une tradition dans la classe dirigeante que de n’avoir que faire de la condition féminine. En effet, entre 1919 et 1945, le vote des femmes fut proposé trois fois, et les conservateurs, en particulier, les sénateurs, bloquèrent le débat et le vote. Inutile de dire qu’en 1936, le Front Populaire avait pourtant voter cette mesure à l’unanimité. C’est une réalité terrible à admettre pour beaucoup d’entre-eux et d’entre-nous, mais oui, la très grande majorité de nos hommes politiques sont des machistes et des sexistes, en témoignage les affaires Baupin et Tron.
Alors, ces personnalités politiques et anti-féministes, pourquoi parlent-elles du burkini alors que les autres oppressions sont entretenues dans l’indifférence généralisée ? Après tout, le burkini existe depuis plusieurs années, pourquoi maintenant ? La raison est aussi nauséabonde qu’elle est simple, c’est bien entendu l’élection présidentielle qui est au cœur de cette polémique. Quelle coïncidence que Nicolas Sarkozy annonce sa candidature à la primaire de la droite, et la sortie de son livre quelques jours après cette polémique… Mais ne soyons pas complotiste, cette polémique sert absolument la totalité de la droite, et pas uniquement Sarkozy. Le FN fait son beurre, et Valls aussi, et nous n’entendons que des hommes, sur un sujet qui concerne exclusivement des femmes, bien entendu…

Le Burkini et Caroline Fourest : « Mal à l’aise » ?

Caroline Fourest (essayiste, éditorialiste, réalisatrice)

Je fais volontairement un encart à propos de Caroline Fourest, mais pourquoi ? Caroline Fourest est une féministe, mais c’est aussi une figure des luttes LGBT+ dont le « Mariage Pour Tous », et c’est véritablement un problème. Ma famille n’est guère au courant des choses de la vie politique et intellectuelle du pays, mais quand je demande une « intellectuelle lesbienne connue » en France, le premier nom, c’est Caroline Fourest. Pour la plupart des gens, est sûrement involontairement de leur part, comme de celle de Caroline Fourest, son travail et ses actes sont associés à notre communauté. A cause de son statut d’ « intellectuelle » médiatique, ses travaux, ses tribunes et ses procès donnent parfois, une mauvaise image de notre communauté, notamment auprès des musulmans.
En plus d’une méthode d’attaque frontale aussi puérile qu’inutile comme le démontre le succès de SOS racisme avec un FN à 20%, Caroline Fourest fait aussi l’objet de nombreuses critiques. Elle fut rappelée à l’ordre par le CSA, elle fut en procès pour plusieurs livres, où elle fut déclarée, plusieurs fois, coupable. Que Caroline Fourest veuille apparaître dans les médias est un droit, mais le droit d’expression, s’accompagne d’un devoir d’exactitude surtout si on se fait parfois le porte-voix d’un groupe social. Maintenant que la critique contre son comportement est actée, abordons le problématique de sa tribune douteuse contre le burkini et en particulier la fin :
« Toute personne un tantinet féministe ou simplement inquiet du radicalisme se sentirait mal à l’aise à l’idée de se baigner à côté d’une femme ou d’un groupe de femmes en burkini. Porter ce maillot intégriste sur la plage revient à dire aux autres qu’ils sont indécents ou que leur semi-nudité vous obsède. Fatigant. Quand on va à la mer, c’est pour se détendre, pas pour se prendre les problèmes psychologiques ou les convictions idéologiques des autres en pleine figure. Si quelqu’un est si mal à l’aise avec son corps et croit en la pudeur, il peut tout simplement éviter de se baigner en public et choisir des espaces plus pudiques… Comme une piscine privée ou sa baignoire. »
La question du burkini peut-être sujet à débat entre les féministes, ce n’est pas la question. Après tout, je suis un homme, ce n’est pas moi qu’on cherche à oppresser, ou pas, avec ce vêtement. En revanche, ce paragraphe contient un terme très problématique : « mal à l’aise ». Pourquoi est-ce problématique ? Car, Caroline Fourest, prétendue intellectuelle, doit fournir un travail s’appuyant sur la raison pure et les principes de causalité. Or, le fait de légitimer ainsi un sentiment, sans le questionner ou l’analyser est un sérieux défaut de son article. Sous prétexte de féminisme, nous devrions être mal à l’aise ? Alors pourquoi Caroline de Haas, n’est pas outrée par le burkini ? Pourquoi moi-même, qui me considère comme pro-féministe, le burkini ne me dérange t-il pas ?
J’ai grandi dans une famille ouvrière de droite, avec tout ce que cela peut avoir d’éducation raciste. Je connais très bien, ce sentiment de malaise, je le connais même trop bien. A cause de ma socialisation raciste, je me sens mal à l’aise à côté d’une personne de couleur. Oui, je suis raciste, involontairement, contre mon gré, et je lutte contre ce comportement tous les jours, mais je suis raciste. Alors, je connais très bien, ce sentiment de « malaise », c’est le sentiment de quelqu’un qui est raciste. C’est le comportement type de quelqu’un qui à peur de la différence culturelle et qui ne s’interroge même pas sur ce comportement.

Afro-féminisme et intersectionnalité : Du Burkini au Camp Décolonial

Rudolf Ernst (1854)

L’afro-féminisme est une de mes découvertes de l’année 2016, notamment grâce à Nuit Debout, mais aussi à Nadia – La Ringarde, une vidéaste afro-féministe que je vous conseille. L’afro-féministe est un courant intellectuel à l’intersection entre la lutte contre l’esprit néo-colonial et le féminisme.
Concernant le burkini, les afro-féministes ont un positionnement beaucoup plus modérées que les féministes plus » classiques ». En effet, si l’histoire des luttes féministes en France, comme ailleurs, ce fait par l’intermédiaire d’un dévoilement du corps. Ce n’est pas le cas pour les femmes issues des zones colonisées. En effet, dans l’imaginaire collectif des colonies, les femmes arabes étaient souvent vues dénudées dans des harems, où, libérée par le colonisateur/civilisateur, elle s’offrait ensuite à lui. Ainsi, dans une émission de France Culture du 27/08/2016, on apprend que, aujourd’hui, le tag porno le plus recherché de France, c’est « beurette », un héritage d’une époque peut-être pas si révolue…
Si les hommes blancs hétéros et cisgenres, acteurs de l’oppression, veulent des femmes dénudées et sauvages, n’est-ce compréhensible que celles-ci cherchent à s’habiller de nouveau, et le cas échéant, pourquoi pas avec un burkini ? Un ancien ami à moi m’avait confié que, quand il couchait avec sa femme, noire, il avait l’impression « d’être un colonisateur », édifiant. (Critique de ce point de vue)

« Le bain turc » Ingres (1862)

Au sujet de la lutte afro-féministe, il faut apporter quelques points de détails. Notamment au sujet du fameux « camp dé-colonial » qui fait tellement polémique. Les recherches de Bourdieu, de Foucault, et de la French Theory, en général, on fait la preuve que nous sommes tous, à la fois, oppresseurs et oppressés. Les zones non-mixtes comme le camp décolonial sont des zones dites « safe », c’est-à-dire, où l’on cherche à réduire au maximum l’oppression subit par les individus pour qu’ils s’expriment librement sans être systématiquement arrêter par des objections de convenance comme le fameux « Not All Men » que subissent régulièrement les féministes, notamment sur Twitter. C’est exactement la même chose que lorsqu’on refuse un homme dans une réunion de victime de viol non-mixtes, et tout le monde comprendra qu’une victime de viol ne souhaite pas s’exprimer en présence d’un homme.

« Le burkini est un vêtement comme les autres » : Nuancez-vous !
Alors le fameux burkini, est-il un vêtement comme les autres, oui ou non ? La réponse est en fait, oui ET non. En dehors de l’évidence : c’est un morceau de tissu, le burkini est surtout le fruit d’un déterminisme. Tous les vêtements que nous portons, sont le fruit de déterminismes : la mode, le goût, la culture, la religion, les valeurs politiques, l’éducation, autant de choses qui ont pour conséquence que madame porte un burkini et pas vous. Est-ce grave ? Pour moi, cela dépend beaucoup plus de la personne qui porte le vêtement que du vêtement en lui-même.
Si la personne est une afro-féministe militante, elle sait pourquoi elle fait le choix de ce vêtement, par exemple. Il en va de même pour une étudiante en sociologie qui aura très probablement conscience que son éducation religieuse l’oriente dans cette direction. En fait, les raisons et les déterminismes m’intéressent beaucoup plus que le vêtement. Mais ne soyons pas chauvin, j’en attends autant des hommes en short de bain et des femmes en bikini ou monokini. On choisit ses vêtements sous de nombreux motifs, l’important c’est de les connaître et d’être conscient de leur implication. Et donc finalement, mon avis est moins intéressant que les nombreuses questions que j’aimerais poser à celles qui portent le burkini. Sauf que, bien entendu, la presse interview plutôt Sarkozy, Juppé ou Valls que les premières intéressées.

« Gardez-vous bien de dire que vous luttez pour le droit des femmes… »
Je m’interroges beaucoup sur une société théocratique ou pseudo-démocratique qui interdit un style vestimentaire à la gente féminine. Encore une fois, on fait le choix, à la place d’une femme, on fait donc le choix d’une oppression pour contrer une autre oppression, est-ce bien logique ? Est-ce pertinent ?
Il vaut mieux que certains hommes, politiques ou non, arrêtent de prétendre défendre les femmes sous prétexte d’être contre le burkini. Ainsi, messieurs, gardez-vous de défendre le droit des femmes quand vous répétez systématiquement que tous les hommes ne sont pas de violeurs, que vous êtes incapables de garder le silence pour laisser une femme s’exprimer, quand vous parlez avant elles, des sujets qui les concernent en priorité, quand vous votez pour des lois, ou des élus qui ne luttent pas pour le droit des femmes comme l’UMP ou le FN (voir le PS dans une certaine mesure), quand vous faites du « mansplaining », quand la répartition des tâches ménagères dans votre ménage est inégalitaire, quand il y a inégalité de salaire dans la société que vous dirigez, quand vous commentez systématiquement le physique des femmes athlètes, journalistes, et politiques, quand vous dites qu’une femme est responsable de son viol à cause de sa mini-jupe, quand vous laissez une femme être harcelée dans la rue ou le RER, etc…

Mise à Jour : Caroline Fourest vient de remporter une victoire au tribunal, ceci pour la même affaire que celle dans laquelle, elle était mise en cause lors de son passage à « On n’est pas couché », le talk-show de Laurent Ruquier. A l’époque, elle était accusée de mentir, en disant « j’ai gagné mon procès ». Le jugement confirme donc son mensonge car elle n’avait pas dit « je vais gagné » mais « j’ai gagné » et pour une essayiste, les mots sont, sans aucun doute, importants. On ajoute que cette victoire ne dédouane pas des autres condamnations et avertissement du CSA…

cinema | Culture | Jeu vidéo | 10.04.2016 - 05 h 37 | 0 COMMENTAIRES
Star Wars : Le meilleur personnage est une femme.

Étiquettes : , , , , , , , , ,

Les premières trilogies Star Wars manquaient clairement de figures féminines. Mais, avant même la sortie de « Star Wars VII : Le Réveil de La Force », un personnage féminin sortait déjà du lot. Loin d’être une princesse ou une combattante, le personnage de Kreia apparaît comme un O.V.N.I, dans l’univers toujours très manichéen de Star Wars. Aujourd’hui, on analyse ce personnage, si profond, de la licence Star Wars : la mystérieuse sage qu’est Kreia.

Kreia, Maître jedi.

Knight Of The Old République II : La Force, et ses secrets.
Kreia apparaît dans  « Star Wars : Knight Of The Old Republic II », qui ce situe dans l’univers Star Wars en -3952 avant l’épisode IV : Un Nouvel Espoir. Dans ce second opus, abrégé souvent KOTOR II, nous sommes cinq années après la « Bataille de la Forge Stellaire », qui marque la fin du premier opus : « Star Wars : Knight Of The Old Republic I ». Vous incarnez l’Exilée*, une Jedi qui cherche à comprendre son passé et son destin à travers la Force. En effet, l’Exilée est une jedi unique dans l’Histoire de Star Wars. Elle fut seule capable de rompre volontairement son lien avec la Force qui « lie tous les êtres vivants entre-eux. » (Obi-Wan, Episode IV)
Synopsis : Le personnage de l’Exilée, est une Jedi déchue pour avoir combattu dans une guerre contre l’avis du Conseil Jedi. Au début, du jeu, notre personnage principal retrouve enfin la Force, petit à petit, dont elle s’était auparavant coupée. Quelques minutes après son réveil, votre héroïne va faire la rencontre d’une autre jedi, la mystérieuse, sage et aveugle, Kreia. Avec son aide et celle de vos autres alliés, vous allez partir en chasse de savoirs et de connaissances ou de vengeance auprès des derniers Jedis de la galaxie, alors que, dans l’ombre, plane la silhouette sinistre d’un trio de Siths survivants.
« Star Wars : Knight Of The Old Républic II » semble souvent moins bien considéré que son aîné. La raison est simple, c’est que le jeu n’est manifestement pas totalement fini. Cela apparaît de divers manières : des portes closes, quelques bugs, et surtout des quêtes secondaires qui ne trouvent pas de réelle conclusion. La quête principale semble, elle-même, parfois, manquer de temps dans le développement de ces personnages et de son intrigue, notamment au sujet des maîtres Jedis. Pourtant, c’est bien ici, et c’est pour le moins surprenant, qu’on trouve le meilleur personnage de toute la licence Star Wars.

Flemeth de Dragon Age, possède un caractère semblable à Kreia.

Kreia : Un personnage de fiction original.
Kreia est d’abord une surprise dans une licence de divertissement comme Star Wars. Si elle est pratiquement le personnage principal de cet opus, elle n’a rien d’un personnage non-joueur classique de jeu vidéo ou même, plus généralement, de divertissement. Elle est vieille, plutôt laide, sinistre, et aveugle. D’ordinaire, les vieilles femmes sont plutôt rares, surtout dans les jeux vidéos. L’une des seules autres vieilles femmes puissantes dans le jeu vidéo est la sorcière Flemeth, dans la licence Dragon Age. Il est également à noter que Kreia est d’abord aveugle au début du jeu, puis elle aura la main tranchée au cours du prologue du jeu. Ce second handicap aura d’ailleurs un effet sur le gameplay car elle ne pourra plus, évidemment, utiliser qu’un sabre à une main, et malgré tout, elle restera l’un des personnages les plus puissants parmi vos compagnons, grâce à ses capacités de Jedi. Une belle démonstration d’ouverture par l’utilisation du gameplay de la part du studio Bioware.
Malgré tout cela, Kreia n’échappe pas à la totalité des clichés de narration de la licence Star Wars. Ainsi, elle jouera le rôle de mentor durant les trois quarts du jeu pour notre héroïne. Pourtant même son rôle de mentor n’est pas conçu d’une manière ordinaire. Kreia est une très grande maîtresse de la Force, et ses enseignements relèvent moins des techniques de combat, que de la philosophie. Elle ne vous entraînera pas au sabre laser où à la maîtrise de la Force à proprement parler. L’enseignement de Kreia est un enseignement par les mots, par la compréhension et la réflexion critique. On est loin d’Obi-Wan ou de Yoda qui guidaient Luke sur la voix du combat avec très peu de discours au sujet du bien et du mal ou de la Force.

Qui-Gon Jinn, Un jedi gris.

Kreia : Un personnage unique dans Star Wars.
Dans l’univers de Star Wars, rares sont les femmes et surtout rares sont les femmes Jedis. En effet, dans les films, elles étaient jusqu’ici, totalement absentes. Dans l’univers étendu, elles sont présentes mais toujours rares, on en trouve que quelques unes :Atris, Ahsoka Tano ou encore Bastila Shan. Ce qui fait déjà, de Kreia, une exception dans la licence.
Kreia est surtout, la représentante d’une classe de Jedi plutôt singulière, les Jedis gris. Dans les films, il n’y a qu’un Jedi gris, c’est le maître d’Obi-Wan, Qui-Gon Jinn qui meurt dans l’épisode I : La menace Fantôme. En réalité, dans l’univers étendu, ils sont aussi très peu présents. Ces maîtres gris sont généralement partisans d’une doctrine minoritaire chez les Jedis : la Force Vivante, qui considère que la Force incarne sa volonté propre à travers les Jedis et les Siths qui ne seraient que des pions. Cette doctrine poussa beaucoup de Jedi vers l’exploration du Côté Obscur dans le but de mieux comprendre la volonté de la Force. Cette doctrine est également celle de la lignée de maîtres et d’élèves de la série de film, de Qui-Gon Jinn à Luke Skywalker. La doctrine majoritaire, que Kreia trouve naïve et pathétique, chez les Jedis est une forme de respect envers la Force et une écoute libre et consciente, alors que les Siths ignorent et humilient cette puissance, ce qu’elle trouve tout aussi stupide.
Ces considérations théologiques sont fondamentales pour comprendre les actions et la personnalité de Kreia qui n’agit qu’à l’aune de cette philosophie. Pour cette Jedi déchue, la Force utilise les Jedis et les Siths comme des pions pour atteindre un équilibre parfait.  La charge de scandale de cette absence de libre arbitre est insupportable pour Kreia qui, durant le jeu, ne cherchera jamais qu’à conquérir sa liberté. Elle veut libérer les Siths et les Jedis de la Force qui les oppressent. Dans les derniers dialogues, elle parle de « La mort de la Force » mais c’est moins la mort de la Force que la mort de la volonté propre de la Force qu’elle souhaite.
A ce moment du jeu, Kreia a déjà recouvert sa véritable identité de Dark Traya, une Sith déchue. Mais il faut comprendre qu’elle n’est pas plus une Sith qu’elle n’est une Jedi et n’est pas du côté Clair ou Obscur. Elle restera une Jedi grise jusqu’au bout et votre affrontement avec elle ne changera rien à cela. En revanche, on peut constater quelques petites choses durant ce dernier combat…

Kreia (ici, Dark Traya) et deux élèves : Dark Sion (à gauche) et Dark Nihilus (à droite).

Kreia ou Dark Traya, n’est pas seulement une philosophe talentueuse et une sage cultivée, on découvre qu’elle possède des talents martiaux qui sont impressionnants. Vieille et affaiblie, elle a développé le don du « Lancer de Sabre » tellement loin, qu’elle est désormais capable de maîtriser pendant une période illimitée trois sabres lasers de manière parfaite, uniquement par la Force. Aveugle, elle possède des dons de perception puissants qui sont rares, mêmes chez les meilleurs Jedis. Ces aptitudes de guerrières et de maîtresse de la Force se retrouvent également chez ses élèves qui furent tous des Siths ou des Jedis très puissants et parfois même des légendes. Parmi eux, on trouve, bien entendu le mythique (Dark) Revan mais aussi Dark Nihlus, Dark Sion et dans une certaine mesure la Jedi Atris. Il est naturel qu’avec de telles aptitudes, Kreia est rejoint chez les Siths, comme chez les Jedis, les instances dirigeantes des deux groupes.
Pour conclure sur le personnage de Kreia et comprendre le personnage et sa complexité, il faut relire son titre de Sith : « Dark Traya, Seigneur de la Trahison. » Dark Traya est une traître à tous. Aux Jedis, pour avoir, par son enseignement, créer autant de Sith. Aux Siths et aux Jedis pour avoir voulu détruire leurs liens à tous avec la Force. A l’Exilée, donc nous, pour ne pas avoir révélée qu’elle était toujours, en partie, une Sith. Mais surtout et en dernier lieu, Dark Traya est une traite envers elle-même. Le dernier dialogue au sujet de sa haine de la Force traduit le paradoxe du personnage. Elle se décrit comme utilisant la Force par besoin et dépendance, alors qu’elle voue une haine sans nom à cette puissance. C’est d’ailleurs par ce combat avec vous qu’elle résoudra son paradoxe sans le moindre regret.

Conclusion : Kreia est le personnage important de Star Wars.
A de nombreux égards, Kreia incarne une exception dans l’univers Star Wars, c’est une vieille femme et une Jedi grise. Mais c’est surtout le personnage le plus profond, car elle n’est ni du côté du bien ou du côté du mal, elle dépasse ces conceptions rudimentaires. Pourtant elle ne devient pas une « surfemme ». Faillible et pétrie de paradoxe, elle reste avant tout humaine. Elle est finalement plus humaine et plus tendre que les Jedis « parfaits » du Conseil ou les Siths qui font le mal pour le mal. C’est peut-être finalement pour ça que c’est certainement le meilleur personnage de la licence, car elle n’est pas purement bonne ou mauvaise.

*Bien que « Star Wars : KOTOR II » laisse aux joueurs, le choix du sexe et du nom de leur héros, la version canonique stipule que l’Exilée est une femme humaine du nom de Meetra Surik. Il est également dit qu’elle est une Jedi et qu’elle n’est pas passée du Côté Obscur.

Publicité