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Actu | Culture | Jeu vidéo | 27.02.2017 - 12 h 24 | 0 COMMENTAIRES
Deus Ex – Mankind Divided : Un Racisme Technologique

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En 2011, Square Enix publiait Deus Ex : Human Révolution, une histoire qui contait un futur sinistre où les firmes multinationales contrôlaient le monde et où les politiques et les médias n’étaient plus que des jouets. Un futur très proche de nous, en somme. En 2016, Deus Ex revient avec l’opus Mankind Divided évoquant la ségrégation, le racisme d’Etat et la misère.

Adam Jensen : Le Retour !

Deus Ex : Un Nouveau Chapitre.
En 2027, la technologie des augmentations, des prothèses cybernétiques high-tech, était le nouveau marché florissant. Mais cette année là, tout s’écroula, lors de l’Incident, à la suite de l’installation d’une puce de contrôle sabotée sur la majorité des augmentés du monde, celui-ci sombra, durant quelques heures, dans une folie meurtrière. Adam Jensen, alors employé chez Sarif Industries, arrêta le processus et découvrit qu’à l’origine du projet, ce trouvait le mystérieux groupe des Illuminatis.
Deux ans plus tard, le monde est devenu bien différent. Depuis l’Incident, le marché des augmentations rentre de plus en plus dans la clandestinité et les augmentés sont victimes d’un racisme et d’une haine profonde par les médias, et les hommes politiques. Adam Jensen lui, habite désormais à Prague et travaille désormais pour la nouvelle organisation anti-terroriste, la Task Force 29.
Deus Ex : Human Révolution évoquait le monde du travail, des entreprises et de la finance. On suivait durant le jeu, les OPA et rachats de titres des différentes entreprises. On visitait les locaux de Tai Yong Médical, de Sarif Industries, de PicusTV et les organisations politiques et militaires étaient encore discrètes. La critique du néolibéralisme et des doctrines libertariennes y était assez habilement développée. Dans Deus Ex : Mankind Divided, ceux sont les Etats qui sont au cœur du jeu. Le jeu critique autant la militarisation de la police que la corruption des hommes politiques. En parallèle de ces sujets, on retrouve le racisme et ces conséquences.

En arrière plan : Après le Monde de Macron, l’Etat de Valls.
Au fil de l’histoire, la présence de la police dans les rues de Prague, principale ville du jeu, sera de plus en plus renforcée, jusqu’à l’Etat d’Urgence, dans les dernières heures. C’est l’occasion de voir une police corrompue et haineuse. Le racisme de l’institution envers les augmentés rappelle évidemment les affaires Traore et Théo, chez nous. Durant le jeu, Adam sera victime de contrôle au faciès, de chantage et même de violence dans le dernier quart du jeu. Cette ambiance de racisme généralisé s’appuie également sur les remarques que font les personnages quand vous circulez dans une rue, mais aussi sur certaines zones, comme le métro, ou la ségrégation racial est visible. Si vous prenez la rame de métro dédiée aux « non-augmentés », durant le trajet, les gens vous regarderont de travers. Et ça fait bizarre, pour un blanc comme moi, de ressentir même virtuellement, ce que peut-être le racisme.
L’autre élément notable de cette ambiance, est la présence des attentats. Comme le racisme, c’est un élément déterminant du scénario complexe du jeu, mais c’est aussi présent dans le décor. Régulièrement, des télévisions allumées et des journaux diffuseront des informations souvent tragiques sur des attentats, renforçant l’angoisse dans la population, et la pression chez le joueur. Bien entendu, les attentats serviront de prétexte à l’Etat d’Urgence, une chose qui rappelle des souvenirs.

Le Complot Mondial : Les USA parlent des classes sociales.
Le complot mondial est une thématique récurrente dans les jeux vidéos, comme Assassin’s Creed avec les templiers ou Area 51. C’est aussi une forme de critique de la classe sociale au travers du prisme d’analyse libérale. La doctrine libérale enseigne que les hommes sont libres d’arbitre d’une manière totale, et qu’ils sont rationnels. En conséquence, dans cette doxa, l’analyse marxiste devient inopérante, ce n’est plus une classe sociale qui fait la guerre à une autre par instinct de survie, mais un complot mue par la volonté propre de son ou ses instigateurs. Ainsi, le groupe Bilderberg, par exemple, n’est plus une réunion qui entretient l’entre-soi de la classe dominante, mais un lieu où les conspirateurs élaborent des plans de manière consciente et volontaire.
Cette conception est, certes, une version droitière de la critique des classes dominantes, qui d’ailleurs se retrouve surtout dans l’extrême-droite, mais c’est aussi, peut-être, le seul moyen de faire de la critique social dans un jeu à gros budget comme celui-ci. En effet, il est plus sensationnel est fascinant de découvrir un complot mondial que d’apprendre que les diners du Siècle sont des lieux de rencontre plus que de discussions. Coucher sur papier, l’analyse marxiste est certes plus réaliste mais beaucoup moins sexy.

Les Illuminatis.

Gameplay : Un jeu presque parfait !
Deus Ex : Mankind Divided corrige deux grosses erreurs de Human Révolution. Le premier était l’impossibilité de finir le jeu de manière pacifique, sans tuer personne, notamment à cause de boss qui n’avaient rien à faire dans un jeu de ce type. La question est désormais réglée, les boss sont absents de ce nouvel opus, place donc, à l’infiltration pure. Le second défaut était la facilité du jeu. Mankind Divided est toujours assez facile surtout pour les joueurs de Dark Project et du premier Deus Ex, mais il est plus difficile que HR. Bien entendu, les augmentations, ces améliorations cybernétiques surpuissantes, sont toujours au rendez-vous avec quelques bonus qu’il vous faudra découvrir. Enfin dernier changement, le personnage est à la fois plus mobile et plus lourd. Il est plus rapide et fait des sauts plus haut, mais le changement dans le gameplay d’infiltration donne l’impression de déplacer un tank quand vous voulez être discret.

Les défauts : C’est trop court !

Bienvenue à Prague…

Human Révolution avait un scénario très simpliste car il posait les bases de l’univers, ce que ne faisait pas Deus Ex (2000). Les choses étant faites, Mankind Divided peut se permettre de rentrer plus avant dans la complexité des conspirations et des jeux politiques et financiers ce qui peut le rendre parfois confus. Le jeu possède un scénario qui ouvre de nombreuses portes, mais la fin ne ferme que quelques unes d’entre-elles. La dernière mission, ne ressemble d’ailleurs pas vraiment à une fin, mais à la fin d’une introduction.
Le problème pour Mankind Divided, c’est qu’il est entre deux jeux. Entre Human Révolution, qui racontait l’histoire des augmentations et du développement de ces technologies, et Deus Ex (2000) qui raconte l’aboutissement et la fusion de toutes les découvertes scientifiques (I.A, nanotechnologie, etc.) ressentes en une forme divine, il ne reste dès lors, pas beaucoup de place. On sait que l’industrie du jeu vidéo à l’habitude des suites, et il faudra placer un maximum de produit entre les deux jeux, il est donc probable que le fait que Mankind Divided soit aussi court viennent d’une retenue des scénaristes pour pouvoir publier plus de suites. Une décision qui impacte malheureusement une narration à la « fin » bancale.

En conclusion…
Deus Ex : Mankind Divided n’est pas meilleur que Human Revolution, il fait des erreurs de scénario, mais corrige les erreurs de gameplay de son prédécesseur. La musique n’est plus aussi efficace et il faudrait suggérer au studio de retravailler de nouvelles versions de Deus Ex (2000) plutôt que de faire des clins d’œil douteux. Cet opus est finalement, un Deus Ex dans la moyenne de la licence, mais c’est un très bon jeu, qui terrifie toujours par le réalisme de son approche.

Actu | Culture | Jeu vidéo | Politique | 14.01.2016 - 12 h 25 | 2 COMMENTAIRES
Deus Ex (HR) : Le futur selon Google et Macron.

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Rarement, un jeu vidéo m’aura fait l’effet de “Deus Ex : Human Revolution”. Fusion terrifiante entre la vision du monde ultralibérale de Macron ou NKM et la technologie que développe actuellement Google, c’est l’une des anticipations les plus inquiétantes et réalistes que j’ai vu depuis des années. Aujourd’hui, je vous propose une étude sur ce futur possible…

David Sarif, patron d’Adam.

Deus Ex : L’ultralibéralisme comme dystopie.
La série Deus Ex raconte un futur très réaliste. Comme si toutes les données actuelles, sur tous les sujets, avaient été réuni pour créer un monde futuriste mais ultra-cohérent. La privatisation et la libéralisation du marché, ainsi que la chute des services sociaux continuent, donc, de plus belle, dans ce futur. Même la police de certains Etats est privée. La pollution continue d’envahir les villes et les océans et les états, endettés, sont incapables d’y faire face. Les multinationales sont désormais des empires de chiffres et d’argent qui régulent le monde pour le profit et pour la gloire, le politique n’est plus qu’un pantin qui s’agite…
Depuis quelques années sous l’impulsion d’un milliardaire, Hugh Darrow, se développe la biotechnologie pour tous. Les “augmentations”, des membres bioniques, sont devenus sous l’effet de la publicité et du confort que cela apporte, une véritable mode. Le seul problème, ceux sont les rejets. Le corps humain n’accepte généralement pas ces organes factices, et il faut prendre un médicament en dose régulière, la « neuropozine », pour éviter le rejet, médicament dont le coût est, bien entendu, exorbitant.
“Vous incarnez Adam Jensen, ancien policier de Détroit, et directeur de la sécurité au siège social de Sarif Industries, une entreprise d’augmentation. Alors qu’une équipe de chercheurs doit partir à Washington pour présenter des recherches sur un processus évitant le rejet des augmentations, le batiment est attaqué, et les chercheurs sont tués dans l’attaque. Dans le combat contre un des attaquants, votre corps subit des dégats qui, quelques années auparavant auraient été irréparables. Pour vous garder en vie, votre patron finance la totalité de vos soins et à votre réveil, vous disposez d’augmentations bioniques de premières qualités qui vous aideront à mettre la main sur vos assaillants.”
Au fil du jeu, le joueur découvrira ce monde. Entre le rappel d’événements réels et tangibles, comme la crise économique de 2008, et des événements anticipés par le jeu, comme un nouveau choc pétrolier, on navigue dans un futur toujours plus proche de nous. Les enjeux sont également beaucoup plus ambitieux que dans la plupart des jeux actuels. Deus Ex abordent de nombreux sujets comme les questions de lobbying et de l’électoralisme des politiciens. C’est donc un jeu aux fortes ambitions mais le reste du jeu est-il à la hauteur du monde qu’il propose ?

Un exemple de scène qu’on rencontre : “Vous avez accès à une maison close durant votre passage sur l’île de Panshaia. Une mission vous propose de sauver une prostituée des mains de son proxénète. En effet, l’homme fait poser des augmentations cybernétiques de force sur les prostitués car elles augmentent le plaisir du client.”

Les Personnages : Réalisme ou Incohérence ?
Il est rare d’avoir des méchants crédibles dans les fictions. Au cinéma, par exemple, Dark Vador est classe, mais en terme de personnage, il est écrit avec les pieds. Les ennemis du héros dans les jeux vidéos sont comme lui, souvent des vilains de comics, mauvais pour être mauvais, sans autres objectifs. C’est une des éloges qu’on peut faire à Assassin’s Creed, où les templiers, les ennemis, sont mauvais de manière subjective, et non objective, pour les héros.

Elisa, journaliste sur PicusTV

Dans Deus Ex, les ennemis qu’on rencontre ne sont pas des « vilains-méchants ». Leurs raisons et leurs objectifs sont souvent légitimes, mais c’est leurs méthodes qui sont discutables. Cela permet de rendre les personnages plus complexes et surtout d’éviter la dichotomie bien/mal, trop souvent présente dans le jeu vidéo. Dans Deus Ex, tout le monde fait des erreurs, tout le monde a des secrets, tout le monde recherche le bien d’autrui, et son bien personnel au passage.
Finalement, il n’y a qu’un ennemi, le dernier, qui est caricatural dans son comportement. Avide de pouvoir et de puissance, l’ennemi est prêt à tout pour le pouvoir et la domination. C’est d’ailleurs le gros problème du jeu, le boss final, est une caricature.
Un autre défaut visible du jeu : les dialogues. En VO comme en VF, certains dialogues ne sont pas réalistes et finissent parfois par être complètement incohérent. C’est rare, mais à ce moment, on sort directement du jeu, pourtant très immersif le reste du temps.
Le héros est aussi un personnage réaliste, c’est un “looser”. On découvre au fil du jeu que Adam Jensen était fiancé à une chercheuse, qu’il fut “renvoyé” de la police, et qu’il souffre de plusieurs problèmes psychologiques dont une légère paranoïa. Adam est quelqu’un de simple qui aspire à une vie tranquille et un métier où il applique la justice simplement et de manière consciencieuse. Mais il est victime d’un monde trop rapide, trop agressif, et trop injuste.
Au final, dans Deus Ex, il n’y a pas de mal ou de bien, il y a des objectifs et des méthodes pour les atteindre. Le héros lui-même possède cette nuance, car le jeu permet des approches meurtrières ou pacifistes pour chaque niveau. Deus Ex est critique d’un système plus que des individus qui en sont les acteurs. Les individus peuvent être bons, et sincères, si le système est mauvais, ils seront broyés par lui, ou convertis, tout simplement…

Gamedesign : Une véritable direction artistique !

Jaune ! Jaune ! Jaune !

La première chose qu’on peut faire à propos de Deus Ex : Human Revolution, au niveau esthétique, c’est un commentaire sur la couleur : “C’est jaune !” Les menus sont jaunes, l’inventaire est jaune, l’interface est jaune, même la lumière est jaune. Le choix de cette couleur est habile. Le jaune donne une impression de maladie, de malaise ambiant et d’oppression. S’ajoute à cela un design qui évoque souvent « Blade Runner » et d’autres films de science-fiction dont “Bienvenue à Gattaca” et vous avez un monde sinistre à souhait.
Mais la référence principale du jeu, c’est bien entendu “Robocop” de Paul Verhoeven. En dehors du début du scénario, qui est une copie carbone, du début l’histoire de Robocop, même les personnages dans les rues font références au film. Et la promotion du jeu fait référence au film à travers de fausses publicités.
Mais la force des Deus Ex, ceux sont les différentes approches possibles pour un niveau. Il existe toujours environ 2 à 5 chemins différents pour atteindre un endroit précis. Par conséquent en fonction des dons que vous avez développés et de votre approche préférée “létale ou incapacitante”, vous devrez prendre la meilleur route. La seule condition réelle est la discrétion, c’est un jeu d’infiltration après tout.

mode d’emploi…

Deus Ex & La Politique : Macron, Wauquiez, Valls, NKM & Google…
Pourquoi je présente ce futur comme celui de Wauquiez et NKM, où même de Valls et Macron ? Tout simplement car c’est le règne du capitalisme et du libéralisme absolu. Les individus, dans Deus Ex, sont tellement contraints dans leur chair et dans leur corps au marché du travail que certains subissent des opérations chirurgicales pour avoir un emploi. Les travailleurs ne sont plus des esclaves de la machine, ils sont la machine. Les régulations sautent comme des bouchons de champagnes sur le terrain des augmentations bioniques, grâce au lobbying des grandes entreprises et à la corruption.
Et le droit à l’emploi ? La précarité devrait permettre la flexibilité… Dans la réalité, cette doctrine est démontée par toutes les études sérieuses sur le sujet. Mais dans Deus Ex, le chômage explose partout, à cause de la surpopulation, et le droit au salaire et à l’emploi devient un lointain fantasme, surtout que les usines sont quasi-automatisées comme le montre le second niveau du jeu (12 ouvriers pour une usine).
Le jeu nous montre une situation semblable à celle du libéralisme triomphant des années 1900 mais modernisée par l’informatique et la machine. Zola décrivait la misère des mineurs, Deus Ex décrit la misère des parias, de ces gens que le capitalisme considérera comme inutile dans peu de temps. Les ouvriers qu’on remplacera par des machines, et les centaines d’employés qu’on remplacera par des logiciels. Parce que vous savez…le coût du travail…
Concernant la technologie développée dans le jeu, elle est tout à fait réaliste. Les membres bioniques existent déjà bien qu’ils soient très coûteux et pas beaucoup plus utiles pour le moment qu’un membre de chair et d’os. Google est d’ailleurs un spécialiste du sujet, car la marque possède la majorité des laboratoires de recherche en robotique. Egalement présent dans le jeu, mais moins visible, l’intelligence artificielle. Et bien entendu, Google est encore une fois un pionnier dans la recherche sur les I.A. Rappelons que le projet de Google est de permettre le téléchargement d’une conscience dans une machine.
Autre technologie sur-développée dans le jeu : la surveillance. Tous les réseaux sont surveillés, c’est d’ailleurs une mécanique de gameplay. Des caméras de surveillance de la marque BigBro’ sont présentes partout, vous devrez d’ailleurs les éviter. Désormais les CRS reçoivent l’aide de robots immenses et les usines sont surveillées par des petits robots de sécurité. On vous observe partout…

En Conclusion, Deus Ex : Human Révolution est un jeu qu’il faut faire, le gameplay et le gamedesign sont très bons, et l’univers décrit est une inquiétante version de notre monde, un peu trop proche, à mon gout, de ce que certains aspirent à construire. Deus Ex, c’est une plongée dans un univers qui est plus proche de la science que de la fiction, et c’est assez rare pour le dire et assez bon pour le vivre.

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