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Actu | Culture | Politique | 03.11.2016 - 20 h 42 | 0 COMMENTAIRES
Aude Lancelin : Ceci est une histoire tirée de faits réels.
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Une dernière chronique sur Yagg, une dernière chronique qui, une fois n’est pas coutume, sera littéraire. Le prix Renaudot 2016, catégorie Essai est attribué, à Aude Lancelin, « La Licenciée Politique » de l’Observateur. Alors qu’est ce que son ouvrage, « Le Monde Libre » peut vous apprendre sur la presse, et en particulier la presse de « gôche » ?

« Le Monde Libre » : Critique de la déchéance journalistique…
Pour reprendre la phrase de son compagnon, Frédéric Lordon, Aude Lancelin « n’apporte pas la paix ». Dans son ouvrage, elle décrit la décrépitude d’un journal de gauche, « L’Obsolète », avec la plume acérée et moqueuse que la colère mêlée de lucidité engendre souvent. Les actionnaires sont dépeints comme un triumvirat d’obscurantistes luttant contre toutes les idées qui ne sont pas dans l’air du temps, qu’elles soient rénovées ou novatrices. Le fondateur, Jean Daniel, n’évoque rien de plus qu’un fantôme hantant son bureau, une personnalité autrefois complexe, aujourd’hui en profonde putréfaction.
Ainsi, suivons nous l’évolution d’Aude Lancelin de son entrée dans les années 2000, dans le journal, jusqu’à son expulsion en 2016. Selon elle, et la chronologie des événements lui donne raison, elle fut expulsée pour des motifs politiques, notamment à la suite de la Une avec Emmanuel Todd et de son très actuel ouvrage « Qui est Charlie ? ». Les autres raisons, plus personnelles, sont son amitié pour un Alain Badiou et surtout sa relation avec Frédéric Lordon, avec lequel, elle semble pourtant avoir quelques désaccords politiques affirmés.
Le livre est clairement celui d’une journaliste qui, déformation professionnelle, cite très (trop ?) souvent les différents protagonistes dont elle change les noms pour prendre quelques distances. Le style est pourtant celui d’une femme qui aime les lettres, et l’assume fièrement. Ce n’est pas un reportage en version papier, c’est une véritable œuvre littéraire avec sa dimension artistique. Malheureusement, l’ouvrage n’est pas destinée aux classes populaires. La langue est jolie mais elle fait beaucoup plus « médecin libéral » que « ouvrier chez Saint-Gobain », mais j’imagine qu’il est plus dirigé vers les lecteurs de l’Obs que vers le lecteur de Stephen King et Maxime Chattam.

Les Réactions Médiatiques : Jean Daniel sort de son tombeau & Causeur parle pour ne rien dire…
La remise du prix Renaudot à Aude Lancelin doit être un événement apocalyptique pour que le christique fondateur de l’Obs, Jean Daniel, ressorte une nouvelle fois de son tombeau. Il déclare pour sa défense personnelle que : «   j’ai passé ma vie dans des combats autrement plus importants que ceux qui opposent aujourd’hui les idéologues sectaires à une gauche à l’agonie ? Vilipendés par les paras de l’Algérie française, par les ultras du Likoud israélien et par les communistes. » Une ligne de défense intéressante. Cela signifie que depuis ma naissance, en 1992, Jean Daniel n’a jamais combattu pour une idée ou un principe. Depuis 25 ans, et en particulier, la chute du mur, ce journaliste, ce leader d’opinion que beaucoup célèbrent encore, n’a rien fait. Plus de pensée et plus de combat…Alors que fait-il encore là ?
De l’autre côté, nous retrouvons la critique minimale de Causeur, le torchon d’Elizabeth Lévy. En effet, Roland Jaccard, psychologue, écrivain, journaliste, critique littéraire, plombier et peut-être pâtissier, nous résume l’ouvrage en deux paragraphes médiocres avec pour conclusion de faire le reproche à Aude Lancelin de ne pas avoir publié l’ouvrage avant son licenciement. Je trouve pour ma part que faire reproche aux gens de vouloir conserver leur emploi dans un monde ultra-précaire n’est pas la critique la plus utile ou subtile du monde. Surtout que le journaliste-plombier ne dit pas que Causeur est cité dans l’ouvrage et dans quel contexte… Pas très honnête…

Conclusion : Le Monde Libre est un ouvrage de salubrité journalistique !
Il faut lire le livre pour comprendre l’état de la presse française, car Marianne et Libération, par exemple, sont dans des états proches de celui de l’Observateur. Aude Lancelin ne demande pas vos larmes, elle offre son témoignage, son diagnostique. Au moment de la grève à I-Télé, et de la décomposition de Canal+, ainsi que de la chute annoncée de nombreux titres de presse qui multiplient les plans sociaux, cet ouvrage parle autant d’un journal que d’un pays et de sa liberté d’expression.


Merci à Yagg, pour avoir offert à moi, comme aux autres lecteurs, une diversité d’opinions et de sujets de réflexion auxquels je suis heureux d’avoir parfois participé. Je ne connais pas personnellement la rédaction de Yagg, et j’avais parfois des désaccords avec eux. Mais grâce à eux, j’ai évolué sur de nombreux sujets plutôt que de rester sur des convictions infondées. Alors peut-être que Yagg disparaîtra mais son empreinte restera inscrite chez tous les lecteurs d’une manière ou d’une autre, qu’on aime ou qu’on déteste, qu’on soit d’accord ou pas, qu’on critique ou qu’on soit silencieux… Et c’est sans aucun doute le plus important !

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