6862 « Merci Patron ! », Le film qui ridiculise Bernard Arnault. | Angry-Gaymer

La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

Angry-Gaymer
Le Blog des Gais, Gaymers, et des Gamers de gauche
Dernier Billet
Actu | Culture | Politique | 25.02.2016 - 16 h 26 | 1 COMMENTAIRES
« Merci Patron ! », Le film qui ridiculise Bernard Arnault.
Étiquettes : , , , , , , , , , , , , ,

Alors que la loi « El Khomri » fait débat dans les différents mouvements politiques, un film tombe à point nommé. « Merci Patron ! » revient sur une histoire que beaucoup ont, aujourd’hui, oublié. Comment LVMH, et son PDG, Bernard Arnault ont détruit des milliers d’emplois dans le nord de la France. Retour sur un film événement, à la production difficile.

François Ruffin Vs. Bernard Arnault : La passion récréative
La production d’un film, et surtout son financement, sont des choses que l’on aborde rarement sauf quand le dit financement est exceptionnel. Pour « Merci Patron ! », c’est la question du non-financement qui mérite d’être médiatisée. Le CNC, le Centre National du Cinéma, est en France, un organisme qui finance la plupart des films dont des navets transphobes comme « Les nouvelles Aventures d’Aladin ». Mais pour « Merci Patron ! », vous ne verrez pas le fameux logo du CNC, car le centre n’a pas financé d’un seul denier la production du documentaire.
Le motif officiel est un « manque de qualité cinématographique ». Le problème de cette critique est que, à posteriori, elle semble injustifiée. En effet, en dehors du CNC, personne ne semble voir un manque de « qualité cinématographique » dans le film. Ce n’est en tout cas pas les critiques qui ressortent du visionnage par Frédéric Lordon (économiste), Serges Halimi (Rédacteur en chef du Monde Diplomatique) ou des nombreux échos des différentes avant-premières, notamment sur SensCritique.com, où les critiques sont d’ordinaires réputées acerbes.
D’après François Ruffin, le réalisateur, des journalistes auraient également fait de l’auto-censure autour du film. Il déclare dans une interview à Metronews, que des critiques des journaux « Le Parisien » et « Les Échos » refusaient de parler de son film pour ne pas prendre de risque. En effet, les deux titres sont la propriété de LVMH, une belle preuve de pluralisme.
Dernier fait en date, la radio « Europe 1 » du groupe Lagardère, censure directement ses propres émissions. François Ruffin devait être l’invité de Frédéric Taddeï, mais la direction de la chaîne est intervenue pour obtenir l’annulation de l’interview. Félicitons tout de même l’équipe de « Europe 1 Social Club » et en particulier, Sandrine Taddeï, qui avait pris l’initiative d’inviter le réalisateur. Heureusement, grâce aux réseaux sociaux (#censuremercipatron sur Twitter). Sous la puissance du fameux effet Streisand, Europe 1 est revenue sur cette censure et François Ruffin était donc l’invité de Jean-Michel Apathie, le mercredi 24 février, date de sortie du film, comme contradicteur plus que comme intervieweur. Ruffin a d’ailleurs profité de l’occasion pour rappeler que Arnault Lagardère, propriétaire d’Europe 1 n’était pas présent au conseil général d’EADS en 2012, et a offert un os pour chien à Jean-Michel Apathie qui avait interrogé, sur RTL, et avec une docilité fétide, le patron de LVMH.
Ce n’est pas la première fois que la censure est présente. En 2012, le film « Les Nouveaux Chiens de Garde » avait été copieusement ignoré par les journaux et la télévision. Seul Frédéric Taddeï, avait reçu le réalisateur dans un interview en tête à tête de quinze minutes. De même, comme le montre le documentaire « Les ânes ont soif» de Pierre Carles, le journal « Le Monde Diplomatique » est le journal français le plus lu dans le monde, pourtant les journalistes ne sont jamais invités sur les plateaux de télévision et les articles ne sont jamais cités.

Bernard Arnault, première fortune française.

La genèse du projet : « I <3 Bernard »

François Ruffin, le réalisateur ne sort pas de nulle part. Il est journaliste et également rédacteur en chef de la revue « Fakir ». C’est également un ancien chroniqueur de « Là-bas, si j’y suis » sur France Inter. Mais surtout, François Ruffin vient de Picardie. J’ai vécu, moi-même, 3 ans dans cette région, dans l’Aisne, pour mes études, et cette région porte de lourdes blessures. En arrivant dans la région picarde, j’ai vu la différence avec la Lorraine. Je ne dis pas que les délocalisations ont épargnées ma région d’origine, mais la Picardie est dans un état de décomposition avancée. Le taux de chômage (catégorie A) est à 11,7% début 2015, soit 2% de plus que la moyenne nationale. L’Aisne et la Somme sont deux départements où le taux de pauvreté atteint des taux inquiétants respectivement 14,7% et 13,9% alors que la moyenne est de 11,7% en France. (L’Oise à 9,9%, s’en sort mieux grâce à sa proximité avec Paris.) (Chiffres de l’INSEE)
La vérité cachée derrière ces chiffres est finalement assez sombre, et souvent oubliée. L’industrie textile était autrefois puissante dans la région. Les vêtements de marque Kenzo étaient d’ailleurs fabriqués là-bas. Mais le géant LVMH, avec à sa tête, le fameux Bernard Arnault décida d’acheter la quasi-totalité des textiles français, notamment avec le rachat de la société Boussac St-Frères, et ceci avec l’aide du gouvernement Fabius de l’époque. La condition de rachat était « la conservation des biens et du personnels de l’entreprise ». Aujourd’hui, des années plus tard, les usines Boussac sont en ruines et les ouvriers sont au RSA.
François Ruffin connaît bien cette histoire, il avait d’ailleurs déjà réalisé un mini-documentaire sur Bernard Arnault et les origines de sa fortune, avant ce long métrage. Il se considère, aujourd’hui, comme l’un des meilleurs spécialiste de LVMH et en particulier, de Bernard Arnault. Il affiche comme un trophée, un peu moqueur, le fait qu’il est un lecteur de « La passion créatrice », l’ouvrage du milliardaire.
Pour les néophytes, Ruffin peut apparaître comme un ersatz d’Élise Lucet, car il utilise les mêmes moyens et méthodes que celles qu’utilisent les équipes de l’émission « Cash Investigation ». Or, c’est le contraire, François Ruffin fut l’un de premiers journalistes français à intervenir dans une assemblée générale d’entreprise, en 2007, encore une fois, chez LVMH. Rien d’étonnant pour cet inconditionnel de Michael Moore.
Il était logique que, à l’heure de l’image triomphante, l’histoire se termine avec un documentaire. « Merci Patron ! » est un témoignage d’une époque post-années 80, qui fait le lien entre les faibles et les puissants, le passé et le présent, le journaliste et son devoir. Logique aussi, de voir François Ruffin devant, et derrière la caméra. Qui mieux qu’un spécialiste du PDG de LVMH, un journaliste héritier de la gauche critique, et le rédacteur en chef de Fakir pour un tel projet ?

L’Histoire : David contre Goliath
C’est une vieille histoire que celle du faible qui veut combattre le fort. Dans le rôle de David, une famille picarde aux très faibles revenus, honnête et sincère. Dans le rôle de Goliath, la multinationale LVMH et ses juristes, ses experts, ses médias, ses actionnaires, ses dirigeants, ses lobbyistes, etc. Au milieu, François Ruffin, « l’admirateur » de Bernard Arnault, qui croit à la bonne foi de tout le monde comme un Candide des temps modernes.
Documentaire ? Farce ? Le documentaire joue sur les deux tableaux. François Ruffin joue le trublion devant la caméra et montre la pourriture de la maison LVMH. Un élu du PS travaille pour l’entreprise et joue le médiateur, et un ancien directeur de la DGSE fait la sécurité, c’est ça aussi le système Bernard Arnault. Il montre « la face cachée du rêve », comment la première fortune de France fut formée : licenciements, promesses non-tenues, délocalisations.

On remercie les petits cinémas comme le Caméo de Nancy de diffuser des films comme « Merci Patron ! »

La critique : « Si c’était dans une fiction, on y croirait pas ! »
C’est la phrase qu’un ami déclarait à la sortie du cinéma Caméo de Nancy. Car le documentaire est vraiment incroyable par moment. Il s’ouvre sur François Ruffin dans sa salle de bain. Ils nous montrent ensuite les villages et villes de Picardie, ces villes de pierres rouges ravagées par le chômage. On passe devant une vieille usine à l’abandon : « Boussac St-Frères », il nous raconte l’histoire de la région et de LVMH et on commence à comprendre…
Le découpage en 5 actes distincts permet d’éviter des transitions artificielles et pas utiles. De plus cela permet de suivre le déroulement de l’histoire de manière clairement établie. C’est important, surtout que la première partie du documentaire peut paraître décousue : on va dans une usine picarde, puis dans un magasin parisien, puis on retourne en Picardie.
La forme du documentaire à aussi ses défauts bien entendu. Comme François Ruffin filme directement le réel, il y a parfois des longueurs et des silences. Pourtant cela ne gène pas vraiment, cela confirme juste que ce n’est pas un sketch, que c’est la vraie vie. Le reste du film rattrape largement tout ça. La palette d’émotion que propose le film à ses spectateurs et d’ailleurs très large : on passe de l’indignation au rire, de la surprise à la colère. On rit surtout beaucoup. On rit avec la famille Klur, on rit de Bernard Arnault.
Je n’aime pas le film « Les Tuches » qui m’apparaît comme extrêmement méprisant envers les plus pauvres. Ils montrent que les gens pauvres sont « sincères mais idiots », le documentaire de Ruffin montre lui, leur réalité, et leur courage.La famille Klur, c’est juste des gens sympas qui en savent moins que moi sur l’économie, mais plus que moi sur comment faire pousser un potager. Ils ne sont pas plus idiots que Bernard Arnault, la preuve, c’est ce film, ce documentaire. Et c’est cet esprit « anti-Canal + » que j’aime dans ce film, qui ne méprise pas les gens à coup de violence symbolique mais les aident et les soutient sincèrement.
Allez voir « Merci Patron ! » c’est voir un film qu fait du bien autant qu’il nous indigne.

Épilogue : Quelques actions et des idées !
J’achève cet article en parlant de la fameuse loi sur le travail que propose le gouvernement socialiste de François Hollande, en ce moment. J’ai questionné ma mère sur la loi en question, elle dirige une petite PME. La priorité pour elle, est que les problèmes de mauvaises gestions du RSI s’arrêtent, pas que ses employés travaillent plus.
En vérité, cette action est identique au fameux « cadeau aux patrons » de François Hollande, cette loi ne profitera qu’aux entreprises du CAC 40. Les mêmes entreprises qui vous volent de l’argent par l’évasion fiscale et qui contraignent les petites entreprises à être surchargées de taxe car les plus grosses, ne payent plus rien.
Pour combattre cette loi, des vidéastes ont créer le mouvement : #Onvautmieuxqueca pour raconter sur twitter vos mauvaises expériences au travail.
La pétition contre la loi est également disponible ici.
Et pour une analyse détaillée de la loi, je vous dirige vers ce site là. (Gerard Filoche est un élu PS, mais aussi un ancien inspecteur du travail.)

En attendant le gouvernement ne trouve pas mieux que de créer un compte Twitter @loitravail… Ma réponse : #lamentable

LES réactions (1)
« Merci Patron ! », Le film qui ridiculise Bernard Arnault.
  • Par Mark 29 Fév 2016 - 10 H 35

    Excellent article, on part sur « Merci Patron ! » et l’univers autour s’élargit et se structure avec plein de pistes intéressantes. Beau travail. Il faut juste me mettre ça au participe passé au plus vite : « Ruffin à d’ailleurs profiter  » !-)

     
  • ajouteZ VOTRE réaction
    Publicité