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Actu | Culture | Jeu vidéo | Politique | 14.01.2016 - 12 h 25 | 2 COMMENTAIRES
Deus Ex (HR) : Le futur selon Google et Macron.
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Rarement, un jeu vidéo m’aura fait l’effet de “Deus Ex : Human Revolution”. Fusion terrifiante entre la vision du monde ultralibérale de Macron ou NKM et la technologie que développe actuellement Google, c’est l’une des anticipations les plus inquiétantes et réalistes que j’ai vu depuis des années. Aujourd’hui, je vous propose une étude sur ce futur possible…

David Sarif, patron d’Adam.

Deus Ex : L’ultralibéralisme comme dystopie.
La série Deus Ex raconte un futur très réaliste. Comme si toutes les données actuelles, sur tous les sujets, avaient été réuni pour créer un monde futuriste mais ultra-cohérent. La privatisation et la libéralisation du marché, ainsi que la chute des services sociaux continuent, donc, de plus belle, dans ce futur. Même la police de certains Etats est privée. La pollution continue d’envahir les villes et les océans et les états, endettés, sont incapables d’y faire face. Les multinationales sont désormais des empires de chiffres et d’argent qui régulent le monde pour le profit et pour la gloire, le politique n’est plus qu’un pantin qui s’agite…
Depuis quelques années sous l’impulsion d’un milliardaire, Hugh Darrow, se développe la biotechnologie pour tous. Les “augmentations”, des membres bioniques, sont devenus sous l’effet de la publicité et du confort que cela apporte, une véritable mode. Le seul problème, ceux sont les rejets. Le corps humain n’accepte généralement pas ces organes factices, et il faut prendre un médicament en dose régulière, la « neuropozine », pour éviter le rejet, médicament dont le coût est, bien entendu, exorbitant.
“Vous incarnez Adam Jensen, ancien policier de Détroit, et directeur de la sécurité au siège social de Sarif Industries, une entreprise d’augmentation. Alors qu’une équipe de chercheurs doit partir à Washington pour présenter des recherches sur un processus évitant le rejet des augmentations, le batiment est attaqué, et les chercheurs sont tués dans l’attaque. Dans le combat contre un des attaquants, votre corps subit des dégats qui, quelques années auparavant auraient été irréparables. Pour vous garder en vie, votre patron finance la totalité de vos soins et à votre réveil, vous disposez d’augmentations bioniques de premières qualités qui vous aideront à mettre la main sur vos assaillants.”
Au fil du jeu, le joueur découvrira ce monde. Entre le rappel d’événements réels et tangibles, comme la crise économique de 2008, et des événements anticipés par le jeu, comme un nouveau choc pétrolier, on navigue dans un futur toujours plus proche de nous. Les enjeux sont également beaucoup plus ambitieux que dans la plupart des jeux actuels. Deus Ex abordent de nombreux sujets comme les questions de lobbying et de l’électoralisme des politiciens. C’est donc un jeu aux fortes ambitions mais le reste du jeu est-il à la hauteur du monde qu’il propose ?

Un exemple de scène qu’on rencontre : “Vous avez accès à une maison close durant votre passage sur l’île de Panshaia. Une mission vous propose de sauver une prostituée des mains de son proxénète. En effet, l’homme fait poser des augmentations cybernétiques de force sur les prostitués car elles augmentent le plaisir du client.”

Les Personnages : Réalisme ou Incohérence ?
Il est rare d’avoir des méchants crédibles dans les fictions. Au cinéma, par exemple, Dark Vador est classe, mais en terme de personnage, il est écrit avec les pieds. Les ennemis du héros dans les jeux vidéos sont comme lui, souvent des vilains de comics, mauvais pour être mauvais, sans autres objectifs. C’est une des éloges qu’on peut faire à Assassin’s Creed, où les templiers, les ennemis, sont mauvais de manière subjective, et non objective, pour les héros.

Elisa, journaliste sur PicusTV

Dans Deus Ex, les ennemis qu’on rencontre ne sont pas des « vilains-méchants ». Leurs raisons et leurs objectifs sont souvent légitimes, mais c’est leurs méthodes qui sont discutables. Cela permet de rendre les personnages plus complexes et surtout d’éviter la dichotomie bien/mal, trop souvent présente dans le jeu vidéo. Dans Deus Ex, tout le monde fait des erreurs, tout le monde a des secrets, tout le monde recherche le bien d’autrui, et son bien personnel au passage.
Finalement, il n’y a qu’un ennemi, le dernier, qui est caricatural dans son comportement. Avide de pouvoir et de puissance, l’ennemi est prêt à tout pour le pouvoir et la domination. C’est d’ailleurs le gros problème du jeu, le boss final, est une caricature.
Un autre défaut visible du jeu : les dialogues. En VO comme en VF, certains dialogues ne sont pas réalistes et finissent parfois par être complètement incohérent. C’est rare, mais à ce moment, on sort directement du jeu, pourtant très immersif le reste du temps.
Le héros est aussi un personnage réaliste, c’est un “looser”. On découvre au fil du jeu que Adam Jensen était fiancé à une chercheuse, qu’il fut “renvoyé” de la police, et qu’il souffre de plusieurs problèmes psychologiques dont une légère paranoïa. Adam est quelqu’un de simple qui aspire à une vie tranquille et un métier où il applique la justice simplement et de manière consciencieuse. Mais il est victime d’un monde trop rapide, trop agressif, et trop injuste.
Au final, dans Deus Ex, il n’y a pas de mal ou de bien, il y a des objectifs et des méthodes pour les atteindre. Le héros lui-même possède cette nuance, car le jeu permet des approches meurtrières ou pacifistes pour chaque niveau. Deus Ex est critique d’un système plus que des individus qui en sont les acteurs. Les individus peuvent être bons, et sincères, si le système est mauvais, ils seront broyés par lui, ou convertis, tout simplement…

Gamedesign : Une véritable direction artistique !

Jaune ! Jaune ! Jaune !

La première chose qu’on peut faire à propos de Deus Ex : Human Revolution, au niveau esthétique, c’est un commentaire sur la couleur : “C’est jaune !” Les menus sont jaunes, l’inventaire est jaune, l’interface est jaune, même la lumière est jaune. Le choix de cette couleur est habile. Le jaune donne une impression de maladie, de malaise ambiant et d’oppression. S’ajoute à cela un design qui évoque souvent « Blade Runner » et d’autres films de science-fiction dont “Bienvenue à Gattaca” et vous avez un monde sinistre à souhait.
Mais la référence principale du jeu, c’est bien entendu “Robocop” de Paul Verhoeven. En dehors du début du scénario, qui est une copie carbone, du début l’histoire de Robocop, même les personnages dans les rues font références au film. Et la promotion du jeu fait référence au film à travers de fausses publicités.
Mais la force des Deus Ex, ceux sont les différentes approches possibles pour un niveau. Il existe toujours environ 2 à 5 chemins différents pour atteindre un endroit précis. Par conséquent en fonction des dons que vous avez développés et de votre approche préférée “létale ou incapacitante”, vous devrez prendre la meilleur route. La seule condition réelle est la discrétion, c’est un jeu d’infiltration après tout.

mode d’emploi…

Deus Ex & La Politique : Macron, Wauquiez, Valls, NKM & Google…
Pourquoi je présente ce futur comme celui de Wauquiez et NKM, où même de Valls et Macron ? Tout simplement car c’est le règne du capitalisme et du libéralisme absolu. Les individus, dans Deus Ex, sont tellement contraints dans leur chair et dans leur corps au marché du travail que certains subissent des opérations chirurgicales pour avoir un emploi. Les travailleurs ne sont plus des esclaves de la machine, ils sont la machine. Les régulations sautent comme des bouchons de champagnes sur le terrain des augmentations bioniques, grâce au lobbying des grandes entreprises et à la corruption.
Et le droit à l’emploi ? La précarité devrait permettre la flexibilité… Dans la réalité, cette doctrine est démontée par toutes les études sérieuses sur le sujet. Mais dans Deus Ex, le chômage explose partout, à cause de la surpopulation, et le droit au salaire et à l’emploi devient un lointain fantasme, surtout que les usines sont quasi-automatisées comme le montre le second niveau du jeu (12 ouvriers pour une usine).
Le jeu nous montre une situation semblable à celle du libéralisme triomphant des années 1900 mais modernisée par l’informatique et la machine. Zola décrivait la misère des mineurs, Deus Ex décrit la misère des parias, de ces gens que le capitalisme considérera comme inutile dans peu de temps. Les ouvriers qu’on remplacera par des machines, et les centaines d’employés qu’on remplacera par des logiciels. Parce que vous savez…le coût du travail…
Concernant la technologie développée dans le jeu, elle est tout à fait réaliste. Les membres bioniques existent déjà bien qu’ils soient très coûteux et pas beaucoup plus utiles pour le moment qu’un membre de chair et d’os. Google est d’ailleurs un spécialiste du sujet, car la marque possède la majorité des laboratoires de recherche en robotique. Egalement présent dans le jeu, mais moins visible, l’intelligence artificielle. Et bien entendu, Google est encore une fois un pionnier dans la recherche sur les I.A. Rappelons que le projet de Google est de permettre le téléchargement d’une conscience dans une machine.
Autre technologie sur-développée dans le jeu : la surveillance. Tous les réseaux sont surveillés, c’est d’ailleurs une mécanique de gameplay. Des caméras de surveillance de la marque BigBro’ sont présentes partout, vous devrez d’ailleurs les éviter. Désormais les CRS reçoivent l’aide de robots immenses et les usines sont surveillées par des petits robots de sécurité. On vous observe partout…

En Conclusion, Deus Ex : Human Révolution est un jeu qu’il faut faire, le gameplay et le gamedesign sont très bons, et l’univers décrit est une inquiétante version de notre monde, un peu trop proche, à mon gout, de ce que certains aspirent à construire. Deus Ex, c’est une plongée dans un univers qui est plus proche de la science que de la fiction, et c’est assez rare pour le dire et assez bon pour le vivre.

LES réactions (2)
Deus Ex (HR) : Le futur selon Google et Macron.
  • Par Hosting 07 Nov 2016 - 20 H 32

    La perfection n’est toujours pas dans les augmentations de Mankind Divided car meme si nous avons le droit a un tres bon Deus Ex, il reste quelques defauts qui, selon votre appreciation, seront plus ou moins genants.

     
  • Par Kevin D. 14 Jan 2016 - 23 H 50

    Okay je vois cet article quand je reprend pour la 7 eme fois le jeux … je suis ravis de voir que ce jeux à les critiques qu’il mérite. Bon boulot d’analyse.

     
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